7 février 2009

Sapristi


Je me demandais l'autre matin, quand la boulangère m'a engueulée parce que je n'avais pas 2,36 euros exactement, quand le cycliste sur le trottoir hurlait sur les piétons pour qu'ils le laissent passer, quand l'ado m'a traitée de grosse connasse (pardon de la grossièreté, elle n'est pas de moi) puisque je n'avais plus de cigarette à lui donner, bref un matin comme les autres en somme, et donc, plongée tout entière dans ce contexte, je me demandais si les gens étaient heureux. Globalement. Enfin, pas heureux-heureux réjouis tout guillerets singing in the rain, mais heureux passable, heureux tranquillement, heureux sans bruit. Je n'ai pas trouvé la réponse. C'est malheureux.

En même temps, quand on y pense, le bonheur, hein... Déjà, c'est sans garantie, aucun remboursement en cas de défaillance. Trop risqué pour investir, donc. Et puis ça demande du travail : ça s'entretient, ça s'astique, ça se fait briller, reluire. Et du travail, chacun en a déjà bien assez. Puis, à y regarder de plus près les gens heureux sont ennuyeux, trop désinvoltes pour tenir une conversation, ils sourient bêtement, et en plus ils sentent mauvais. Vous avez déjà passé une soirée entouré de gens heureux, vous ? C'est d'un pénible ! C'est d'un fade ! C'est à peu près aussi intéressant que de regarder cuire un navet. Alors qu'avec un panel de malheureux, c'est l'aventure assurée ! Toujours un aigri avec qui s'engueuler, toujours un désespéré à plaindre, comme on s'amuse, comme on se sent vivre ! D'ailleurs, la force créatrice et l'inspiration des gens tristes forcent le respect, leurs mésaventures sont sources de franches rigolades. ça tient chaud, le désespoir, ça occupe, ça a du sens interdit. Et puis le malheur, c'est bon pour le système, j'en suis à peu près certaine. Une personne engoncée dans ses problèmes ne sentira pas le climat se réchauffer, ne fera pas la différence entre une possibilité d'avenir radieux et une certitude de futur désastreux, parce qu'au fond, c'est le cadet de ses soucis. Bien plus pratique, dans la plupart des cas.

Mais alors, vous croyez qu'ils organisent la tristesse et l'abattement des foules ? Un logiciel de mauvaises nouvelles derrière tout ça ? Sapristi, quelle bonne blague ! Alors, si les piétons sont malheureux, c'est la faute aux gouverneux. Tant mieux, et merci. Parce que du coup, qu'est-ce qu'on rigole ! Ils pensent à tout ces gens, c'est drôlement confortable.


Dialogue en boîte
- Rha punaise, je bosse sur tel bidule, qu'est-ce que c'est chiant.
- Bin moi je suis sur tel truc, pas terrible non plus.
- Ah vous aussi vous en bavez, ça me rassure.
- Mais... Ils sont où, les dossiers intéressants ?
- Chez les concurrents.

2 Comments:

Anonymous La Cigogne said...

ah, ben d'accord, tu aurais pu me dire, quand je t'ai annoncé ma résolution "en 2009, y a pas à discuter, je serai HEUREUSE", tu aurais pu me dire que tu trouvais ça chiant.
Bon....dieu soit loué, encore une résolution que j'ai pas réussi à appliquer tout à fait.

6:12 PM  
Blogger cml said...

ah oui nan mais ce que je dis là ne vaut pas pour dans la vraie vie, sinon c'est pas drôle. le bonheur, au fond, je suis pour !

4:24 PM  

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